Sens et origines de Nam myoho renge kyo

Mise à jour septembre 2017

La pratique commune et essentielle de toutes les écoles du bouddhisme de Nichiren est la récitation du mantra (1) Nam(u) myoho renge kyo. Cette expression est écrite en chinois, avec un mot d’origine sanskrite pour Namu (2), et prononcée en japonais pour Myoho renge kyo (3). Elle signifie : « se consacrer », suivie de « Sûtra de la Fleur de Lotus de la Loi merveilleuse », titre intégral du Sûtra du Lotus, enseignement central du bouddhisme de Tiantai* et Nichiren. Hokkekyo, que l’on rencontre parfois dans les textes est une abréviation de ce titre.

Nous avons donc pour premier sens :
« Se consacrer au Sûtra de la fleur du lotus de la Loi merveilleuse ».

L’origine de Nam myoho renge kyo

Nichiren a récité pour la première fois Nam myoho renge kyo, seul, face au soleil levant, sur une colline près du temple Seicho-ji, le 28 avril 1253. Le jour même à midi, dans le hall du temple, il a commencé à enseigner sa doctrine. Il a déclaré dans La tortue borgne et le morceau de bois flottant – GZ 130  :
« J’ai été le premier à avoir récité
Nam myoho renge kyo au Japon. Durant les quelque vingt ans écoulés depuis l’été de la cinquième année de l’ère Kencho [1253], moi seul ai récité Nam myoho renge kyo jour et nuit, matin et soir. »
Ceux qui s’intéressent à Nichiren et au courant bouddhique auquel il a donné naissance connaissent cette citation. Cependant, tous n’ont peut-être pas remarqué que, dans sa déclaration, il n’a pas prétendu qu’il était « l’inventeur » de
Nam myoho renge kyo, seulement qu’il a été le premier à le réciter au Japon (et plus précisément, en public, comme nous le comprenons un peu plus loin).
Il s’est fait plus précis sur le sujet dans
L’entité de la Loi merveilleuse – GZ 47 :
« … lorsqu’ils réapparurent en ce monde [respectivement sous la forme de Huisi et de Zhiyi*], ils savaient que le moment n’était pas approprié pour propager la Loi merveilleuse. Par conséquent, aux mots « Loi merveilleuse », ils substituèrent les termes « concentration et intuition » et s’engagèrent plutôt dans la méditation sur les trois mille mondes en un instant de vie et la pratique de la triple contemplation de l’unité. Mais, même ces grands maîtres récitèrent
Nam myoho renge kyo en privé et ils comprirent intérieurement que ces mots exprimaient la vérité.
Ainsi, le Grand Maître Huisi, dans sa
Méthode de repentance par la méditation du Sûtra du Lotus (4), emploie les mots Namu myoho renge kyo. Le Grand Maître Zhiyi emploie les mots Namu byodo daie ichijo Myoho renge kyo, Keishu Myoho renge kyo et Kimyo Myoho renge kyo (5). Et le document, concernant le vœu émis par le Grand-maître Dengyo (6) sur son lit de mort, contient les mots Nam(u) myoho renge kyo.
Question : Toutes ces preuves littérales que vous avez apportées sont parfaitement claires. Mais si ces hommes connaissaient la vérité, comme cela semble évident, pourquoi, alors, ne l’ont-ils pas largement fait connaître ?
Réponse : Pour deux raisons. Tout d’abord, le moment approprié n’était pas encore venu. Ensuite, ces hommes n’étaient pas les personnes à qui cette tâche avait été confiée.
Les cinq caractères de
Myoho renge kyo constituent la grande Loi pure qui serait largement propagée à l’époque de la fin de la Loi. Et elle fut confiée aux grands Bodhisattvas surgis de Terre, en nombre égal aux particules de poussière de mille mondes. Voilà pourquoi Huisi, Zhiyi et Dengyo, bien qu‘ayant perçu la vérité au fond de leur cœur, laissèrent le soin au maître de la Fin de la Loi (7), de la propager largement, tout en s’abstenant eux-mêmes de le faire. »
Nous trouvons également
dans Sur la transmission des trois grandes lois secrètes – GZ 353 :
« Le titre (daimoku) est de deux sortes : celui des périodes du dharma correct et du dharma formel, et celui des derniers jours du dharma. Vasubundhu et Nagarjuna avaient l’habitude de réciter le Sûtra, mais leur récitation du mantra n’allait pas plus loin qu’une pratique personnelle ascétique. À la période du dharma formel, Huisi, Zhiyi et les autres récitaient aussi le titre, mais également comme une pratique ascétique personnelle ; et celui-ci n’était pas enseigné pour le bénéfice des autres. Le daimoku était pris comme un concept à méditer.
Mais maintenant – comme nous vivons aux derniers jours du dharma – le titre que moi, Nichiren, récite est nettement différent de celui des périodes précédentes : c’est le
Namu Myoho Renge Kyo qui comprend à la fois la pratique personnelle et pratique pour autrui (jap. jigyo keta). Ce sont les cinq mots qui expriment le quintuple mystère des nom, entité, qualité, fonction et influence (8). »
Dans
Le daimoku du Sûtra du Lotus – GZ 14, Nichiren a même affirmé : « C’est seulement à l’âge de soixante-douze ans qu’il [Shakyamuni] se mit à réciter pour la première fois Myoho renge kyo, le daimoku (9) du Sûtra ».
Nous reviendrons dans le dernier chapitre sur les questions de langage que pose ce texte.Tout d’abord, de quelle manière interpréter ces déclarations par rapport à la tradition bouddhique ? Est-ce une rupture de Nichiren avec le bouddhisme de Shakyamuni ou, au contraire, l’affirmation que son enseignement en est le prolongement, l’aboutissement, pour l’époque de la Fin de la Loi, notre époque ? C’est, depuis longtemps, un sujet à controverse entre les moines des écoles Tendai et Nichiren. Nous verrons plus loin que la révélation publique de sa doctrine et de
Nam myoho renge kyo en 1253 n’est en rien une invention de sa part. Elle est le fruit de ses années de recherches au Seicho-ji, où il était entré comme novice, et surtout au mont Hieï près de Kyoto où se trouvaient de nombreux temples, dont les deux plus anciens de l’école Tendai, qui constituaient la plus importante source de documents chinois et japonais du pays.

Signification de Nam myoho renge kyo

Nous en avons vu un premier sens général, voici quelques explications mot à mot, idéogramme par idéogramme – ceux-ci ayant souvent des sens multiples et complexes –, extraites de la Transmission des enseignements oraux (Ongi kuden), la série des cours sur le Sûtra du Lotus que Nichiren a donnée au temple du Mont Minobu entre 1275 et 1277, retranscrite par son disciple Nikko* :
« L’enregistrement des enseignements oraux dit : Namu [ou nam] est un mot sanskrit. Ici, il signifie consacrer sa vie à la Personne et à la Loi. Pour le sens de la Personne, consacrer sa vie au Bouddha Shakyamuni ; pour le sens de la Loi, consacrer sa vie au Sûtra du Lotus. « Consacrer » définit le dévouement au principe de la vérité éternelle et immuable de l’enseignement théorique et « vie » indique que la vie, dédiée à ce principe, se base sur la sagesse de la vérité de l’enseignement essentiel qui fonctionne en accord avec les circonstances changeantes. En substance, on consacre sa vie à Nam myoho renge kyo.
Un commentaire [de Dengyo] dit : « Celui qui s’accorde avec des circonstances changeantes, celui qui reste immuable, ceux-là sont tranquilles et brillants en un seul instant de la vie. » (10)
Encore une fois, « consacrer » fait référence à l’élément de la forme matérielle tel qu’il se rapporte à nous, tandis que « vie » se réfère à l’élément de l’esprit tel qu’il se rapporte à nous. Mais l’enseignement ultime nous dit que la forme et l’esprit ne sont pas deux choses différentes. Ainsi que l’explique un commentaire [Les Annotations sur le Sens profond du Sutra du Lotus Vol. I] : « Parce que [Le Sûtra du Lotus] nous conduit à la vérité ultime, il est appelé le véhicule du Bouddha. »
On doit également noter que le nam[u] de Nam myoho renge kyo est un mot sanskrit, tandis que myoho, renge et kyo sont des mots chinois. Sanskrit et chinois se joignent en un seul instant pour former Nam myoho renge kyo. Le titre en sanskrit est Saddharma pundarika sûtram. Ce qui est traduit par Myoho renge kyo. Sad (le changement phonétique de sat) signifie myo ou merveilleux. Dharma signifie Ho, Loi ou tous les phénomènes. Pundarika signifie renge ou fleur de lotus. Sûtram signifie kyo ou sûtra. Les neuf caractères [qui représentent le titre sanskrit] sont les corps de Bouddha des neuf honorés (11), ce qui exprime l’idée que les neuf états de vie sont inséparables de l’état de bouddha.
Myo a le sens de nature du Dharma ou illumination, tandis que ho représente l’obscurité ou l’ignorance. Ensemble myoho exprime l’idée que l’ignorance et la nature du Dharma sont une seule entité. Renge représente les deux éléments de la cause et de l’effet, qui sont aussi une entité unique.
Kyo signifie les mots et les voix de tous les êtres vivants. Un commentaire [sur le Sens profond du Sûtra du Lotus Vol. I] dit : « La voix transporte l’œuvre du Bouddha, cela se nomme kyo, ou sûtra ». Kyo peut également être défini comme ce qui est constant et immuable dans le trois existences du passé, présent et futur. Le domaine du Dharma est myoho, la loi merveilleuse, le domaine du Dharma est renge, la fleur de lotus, le domaine du Dharma est kyo, le sûtra.
Renge, la fleur de lotus, est les corps de Bouddha des neuf honorés assis sur le lotus à huit pétales. Pensez à toutes ces choses avec précaution. »

Nous avons maintenant en deuxième analyse :
Nam se consacrer physiquement et spirituellement
à travers la personne et la Loi
à
Myoho la loi merveilleuse ou mystique
qui représente 
l’identité de l’état de bouddha et des neufs autres états de vie, le principe de l’ignorance qui équivaut à la nature du Dharma (jap. mumyo soku hossho), le principe de la non-dualité de l’impur et du pur (12), la fusion de la réalité objective et la sagesse subjective (jap. kyochi myogo) (13)
de
Renge la loi de causalité
à travers l’inclusion mutuelle des dix états et la non-dualité et la simultanéité de la cause et l’effet
par
Kyo les voix
qui transmettent l’œuvre du bouddha contenue dans le sûtra

D’autres écrits de Nichiren livrent des commentaires détaillés sur Namu et Myoho renge kyo (14). Faute de place et de temps, nous nous en tiendrons là ; à partir de Nam myoho renge kyo nous pourrions exposer l’entièreté de la philosophie bouddhique !

Questions de fond

Littéralement, Myoho renge kyo est le titre du Sûtra du Lotus (15). Selon Nichiren, le titre d’un texte contient et exprime l’intégralité de l’œuvre (Sur les dix modalités, GZ – 179) : « … il est enseigné qu’une seule récitation de Nam myoho renge kyo équivaut à une récitation de l’ensemble du Sûtra du Lotus de la manière prescrite par les sûtras et avec la juste compréhension de son sens, que dix récitations sont équivalentes à dix récitations du Sûtra, une centaine est équivalente à une centaine de celles du Sûtra, la récitation de mille équivaut à mille récitations du Sûtra, toutes réalisées selon les prescriptions des sûtras. Et celui qui a une telle foi peut être considéré comme une personne qui effectue la pratique religieuse telle que le Sûtra la prescrit. Nam myoho renge kyo. »
Avec la juste compréhension de son sens, précise Nichiren. Comme  le Sûtra du Lotus est l’essence de tous les enseignements du bouddhisme, qu’il désigne le Dharma lui-même, réciter Nam myoho renge kyo équivaut à pénétrer et réaliser le Dharma. Dans d’autres lettres, il explique que la récitation de Nam myoho renge kyo a pour effet de révéler ou d’éveiller notre état de bouddha (Comment ceux qui aspirent initialement à la Voie peuvent atteindre la bouddhéité – GZ 110) : « Quand nous révérons le Myoho renge kyo inhérent à notre vie, en tant qu’objet de vénération, la nature de bouddha inhérente à notre vie est appelée à surgir et elle est rendue manifeste par la récitation de Nam myoho renge kyo… Quand nous récitons la Loi merveilleuse à voix haute, notre nature de bouddha, ainsi appelée à surgir, se manifeste immanquablement. »
Nichiren a-t-il trouvé des arguments logiques, qu’il a pu révéler ou pas, pour justifier la pratique de la récitation de Nam myoho renge kyo ? Comme nous l’indiquons plus haut, après de longues études du Sûtra, nul doute qu’il a acquis de celui-ci une connaissance sans pareille dans tout le Japon. Il n’a donc pas pu lui échapper le fait que la pratique principale du Sûtra du Lotus n’est autre que le Sûtra du Lotus lui-même. Sous quelle forme, selon lui ? Il le précise dans Le daimoku du Sûtra du Lotus – GZ 14 : « Accepter, garder, lire, réciter, se réjouir et protéger dans leur totalité les huit volumes et les vingt-huit chapitres [ du Sûtra du Lotus] correspond à ce que l’on appelle la pratique complète. Accepter, garder et protéger le chapitre “Moyens opportuns” et le chapitre “Durée de la vie” est ce que l’on appelle la pratique abrégée. Ne réciter qu’une strophe en quatre vers ou le daimoku, et protéger ceux qui font de même, est ce que l’on appelle la pratique essentielle. Ainsi, parmi ces trois sortes de pratiques, complète, abrégée et essentielle, le daimoku est présenté comme la pratique essentielle. »
Pour aller plus loin sur le caractère inclusif du Sûtra (qui se réfère à lui-même), nous pouvons comprendre à sa lecture qu’il est tout à la fois
la pratique et la Voie (Dharma). Tel est le sens de la parabole de la maison en feu (chap. III du Sûtra du Lotus) notamment. Dans celle-ci, pour convaincre ses enfants de fuir l’incendie, le médecin leur promet trois chariots tirés par un mouton, un cervidé et un bœuf (les trois véhicules de l’étude, la pratique pour soi et la voie du bodhisattva), mais lorsqu’ils sortent, ils découvrent un merveilleux chariot auquel est attelé un bœuf blanc, symbolisant le Sûtra lui-même, qui est ainsi désigné comme la pratique essentielle en remplacement des trois autres. Les trois véhicules ne sont plus que des moyens (hoben) pour comprendre et accéder au véhicule unique, le seul à permettre d’atteindre l’Éveil.
Cette doctrine du véhicule unique a pour corollaire la bouddhéité pour tous, ce qui n’était pas le cas des trois véhicules ; aucun de ceux-ci ne menaient aux étapes ultimes de la pratique, tandis que le Sûtra est accessible à tous les êtres humains sans exception. Du point de vue des dix états, on peut considérer que le véhicule unique représente l’état de bouddha, en parallèle avec les trois véhicules qui représentent les états d’études, d’éveil-pour-soi et de bodhisattva. Dans ce cas, la bouddhéité n’est plus seulement le but de la pratique du bouddhisme, elle devient cette pratique elle-même ; l’Éveil ne s’atteint pas, il se réalise dans notre vie quotidienne (16).

Questions de forme

Sur les aspects formels du daimoku, la prononciation ou la vitesse, Nichiren ne donne aucune indication. Nous pouvons le constater au travers d’enregistrements accessibles sur internet, dans la plupart des écoles Nichiren, dont la Nichiren Shu, on prononce NAMU, avec un « U » à peine perceptible. Dans la Soka Gakkai et la Nichiren Shoshu on prononce NAM. À noter que, dans la version du Gongyo qui était commune à celles-ci jusque dans les années 1990 et que la seconde a conservé, le « hikki daimoku », un NAMU prolongé, était utilisé après chaque prière silencieuse.
Rien ne permet de dire lequel des deux partis est dans la tradition correcte ni s’il y en a bien un qui se trompe, pour une bonne raison : il est impossible de savoir comment Nichiren récitait le daimoku. La langue parlée au Japon a évolué depuis son époque, des différences locales ont pu se créer et s’accentuer avec le temps. D’autre part, cette langue possède aujourd’hui une particularité qu’elle n’avait pas forcément jadis : lorsqu’un mot d’au moins deux syllabes se termine par une syllabe en « u », celle-ci est muette, comme le « e » final en français. À l’intérieur du mot, par contre, elle se prononce (voir exemples dans le texte phonétique du kyobon). Par conséquent, Nam myoho renge kyo représente deux mots et Namu myoho renge kyo un seul. En français, langue phonétique, il faut bien choisir entre les deux pour l’écrire, d’où une certaine confusion entre namu et nam.
La sonorité du mantra a-t-elle une importance capitale ? Quand Nichiren écrit que Zhiyi récitait Nam myoho renge kyo, il utilise des idéogrammes (chinois ou japonais, c’étaient les mêmes caractères) sans aucune indication phonétique, par conséquent, il ne nie ni n’affirme que le maître chinois récitait un mantra se rapprochant phonétiquement de Nammu Miaofalianhuajing plutôt que Nam myoho renge kyo. Shakyamuni, lui, ne connaissait pas le japonais qui devait être bien différent de celui du XIIIe siècle ! (17).
Nous avons dépassé le domaine de la prononciation, pour aborder celui de la langue. À ce sujet, Nichiren n’ayant pas déclaré que l’on pouvait obtenir les mêmes bénéfices à réciter Nam myoho renge kyo que sa traduction dans une autre langue, nous pouvons admettre que ce n’est pas le cas. Pourquoi ? La question du temps est primordiale en bouddhisme. La langue que parlait le Bouddha a disparu depuis longtemps et celui-ci, tout comme Zhiyi, avait des pratiques adaptées à son époque et non à celle de la Fin de la Loi (jap. mappo) qui est la nôtre.
Pour revenir au présent, nous constatons des différences de prononciation du daimoku d’une langue à l’autre, d’une personne à l’autre. En ce qui concerne la vitesse de récitation, il en est de même, individuellement ou selon les écoles du bouddhisme Nichiren, les membres de la Soka Gakkai semblant les plus pressés !… Est-ce le nombre de daimoku qui compte au détriment d’une articulation correcte ? Est-ce au contraire un phrasé intelligible et une concentration sur la prononciation de chaque mantra ? À vouloir aller trop vite, on finit par dire quelque chose qui ne ressemble plus à rien, du genre « namyorengyo ». Existe-t-il une limite au-delà de laquelle ce qu’on récite est si déformé qu’il n’a plus aucun effet ? C’est là une affaire personnelle ou qui réclame les conseils des aînés dans la pratique. Faute d’une documentation fiable sur le sujet, difficile d’y répondre ici.
Ces divergences nous prouvent tout de même une chose : Nam myoho renge kyo n’est pas une formule magique à reproduire fidèlement, son pouvoir est aussi mystérieux que la vie, puisque c’est la vie elle-même. Le plus important, n’est-ce pas ce que Nichiren répète tout au long de ses écrits : « Vous devez croire en ce Gohonzon de tout votre cœur », autrement dit la confiance, qui devient ensuite la conviction.

Notes :

1 – Mantra est un terme sanskrit dérivé du verbe man (penser). La pratique du mantra consiste en la répétition d’une formule concentrée, comme Nam myoho renge kyo, Aom Ah Houm ou encore le fameux Om hindouiste, puisqu’elle n’est pas propre au seul bouddhisme,mais également à d’autres religions indiennes. Elle est basée sur le pouvoir supposé du son sur son environnement et sur le fait que la parole fait partie des trois sortes d’actions (pensée, parole, acte)
2 – Expression d’origine pali (
namo), puis sanskrite (namas). Elle a donné, en Inde et au Népal, « namasté » qui signifie salutation et désigne également la posture mains jointes des bouddhistes pendant la récitation des sûtras et mantras. En chinois, elle se prononce nammu, en japonais namu et en vietnamien nam-mo. Avec, à l’origine, le sens de dévotion à, hommage à, salutation à, adoration pour, faire don à etc., elle a pris en Chine et au Japon celui de consacrer sa vie à. Elle est à la base de mantras utilisés par plusieurs écoles bouddhiques non issues du courant Nichiren ; par exemple : Namu Amida butsu ou Nam-mô A-di-dà Phât.
3 – Du chinois
Miaofalianhuajing, qui est, phonétiquement, le titre du Sûtra traduit en chinois par Kumarajiva (406).
Il est important de savoir que l’écriture idéographique appelée kanji, utilisée parallèlement avec les deux alphabets syllabaires dit « kanas » au japon, est d’origine chinoise. Importée à partir du Ve siècle, elle a peu évolué graphiquement jusqu’à l’époque de Nichiren, si bien que celui-ci pouvait lire le chinois sans difficulté. Une partie de ces idéogrammes a conservé une prononciation proche du mot chinois (par exemple dans le titre du Sûtra du Lotus
Myo pour Miao et Ren pour Lien), une autre partie a pris celle du terme japonais préexistant.
4 – Hokke sempo, traité en réalité de Zhiyi.
5 – Qu’on peut traduire par : « Je me
consacre résolument au Véhicule unique,
Myoho renge kyo à la grande sagesse à la perception impartiale. Je m‘incline devant Myoho renge kyo. Je consacre ma vie à Myoho renge kyo. » Noublions pas que nous transcrivons ici selon la prononciation japonaise des textes calligraphiés par des chinois.
6 –
Allusion au Shuzen-ji ketsu ou Kuden homon (Décisions doctrinales du temple Xiuchan), recueil des nombreuses transmissions des enseignements Bouddhiques que Dengyo Daichi (767-822) aurait reçues durant son séjour en Chine, principalement au temple du Mont Tiantai. Cet ouvrage contient, entre autres, des détails sur une pratique des mantras et la récitation de daimoku d’une origine extérieure au bouddhisme de Nichiren. Cependant, il est sujet à une controverse entre les érudits des écoles Tendai et Nichiren, dont l’enjeu est de savoir jusqu’à quel point le fondateur des secondes a été influencé par les première tout en proclamant rompre avec elle. En outre, sa datation – et donc son auteur – est incertaine.

Dans ce texte,
daimoku est exposé et présenté comme une pratique des derniers instants de vie et également comme une variante des méditations traditionnelles du Tiantai.
À noter ce passage qui rapporte ces paroles du maître Daosui, patriarche de l’école Tiantai et successeur de Zhanran : « Vous pouvez faire des images représentant les dix mondes-états et les enchâsser en dix endroits. En face de chaque image, vous devez vous prosterner, réciter Namu myoho renge kyo et méditer avec votre esprit. Lorsque vous contemplez la représentation de l’enfer, réalisez que les flammes féroces sont justement vacuité/existence temporaire/Voie médiane et faites-en de même pour les autres représentations. Quand vous regardez le Bouddha contemplez son essence en tant que triple vérité. Vous devez effectuer cette pratique une fois le matin et une fois le soir. Le Grand-maître [Zhiyi] estimait dans son cœur que ce Dharma était essentiel pour les personnes de faibles capacités, à l’époque de la fin de la Loi. Si l’on souhaite échapper au cycle des vies et morts et atteindre la bouddhéité, on doit employer cette pratique. »
La référence aux dix images renvoie clairement au Gohonzon, sur lequel sont inscrits les noms représentant les dix états de vie comme des manifestations du véritable aspect de la réalité qui, elle, est figurée par Nam myoho renge kyo inscrit verticalement au centre. Il y est bien mentionné, ainsi que le préconisait Nichiren, la récitation de daimoku pour l’époque de la fin de la Loi
7 – Époque de la Fin de la Loi (skt
saddharma vipralopa, jap. mappo). Époque décrite dans le Sûtra de la Grande Assemblée à laquelle le Dharma exposé par Shakyamuni, devenu formel et sujet à des interprétations fausses, perdra son pouvoir de mener l’homme à l’Éveil. Il laissera place au Sûtra du Lotus transmis au bodhisattva Jogyo dirigeant des Bodhisattvas surgis de Terre. De nombreux textes y  font référence, dans le bouddhisme indien, comme en Chine et au Japon. Bien qu’il y ait doute sur la datation de cette période, Dengyo Daichi écrit en 818 : « …les jours du Dharma formel sont presque finis ».
8 – Le quintuple mystère (jap. goju gen). Méthode utilisée par Zhiyi pour analyser un sûtra :
– explication de son nom ou titre ;
– éclaircissement des principes qu’il contient ;
– définition des intentions qui l’animent ;
– discussion des bienfaits et pouvoirs qu’il propose ;
– critique de ses aspect doctrinaires.
C’est cette méthode qui lui a permis de comprendre la supériorité du
Sûtra du Lotus sur les autres enseignements du Boudhha. 
9 –
Daimoku signifie titre en Japonais et o daimoku le titre. Le daimoku du sûtra signifie donc le titre du sûtra. Par extension il désigne précisément celui du Sûtra du Lotus. Il serait plus correct de dire en français « réciter le daimoku ou o daimoku » que « daimoku » tout court…
10 – Tranquille et brillant se rapporte à l’une des dix-huit perfections, que Nichiren définit ainsi (Sur les dix-huit perfections – GZ 331) : « La dix-septième est appelé la perfection de la tranquillité et de la brillance, car, dans le texte [de la Grande concentration et intuition], il est dit : « La nature essentielle de tous les phénomènes est tranquille, elle est donc appelée concentration. Mais tout en restant tranquille, elle est constamment dans un état de brillance, elle est donc appelée intuition. »
11 Neuf Honorés sur les huit pétales du lotus (jap. hachiyo-kuson). Représentations symboliques que l’on trouve sur les mandalas du bouddhisme ésotérique Shingon. Le bouddha Vairocana y est représenté au centre dun lotus, tandis que quatre bouddhas et quatre bodhisattvas sont assis sur les pétales qui l’entourent. Ces huit Honorés ésotériques symbolisent les vertus du bouddha Vairocana.
12 – Nichiren dans L’entité de la Loi merveilleuse – GZ 47 : « Le principe merveilleux, qui est la nature fondamentale de la Loi [et de tous les phénomènes], possède deux aspects, l’un souillé et l’autre pur. Si l’aspect souillé prédomine, on l’appelle illusion, mais si l’aspect pur prédomine, on l’appelle illumination. L’illumination correspond à l’état de bouddhéité, l’illusion à celui des êtres ordinaires, dans les neuf états. »
13 – Voir l’article sur Le chapelet bouddhique.
14
– Voici quelques uns des textes de Nichiren qui traitent plus particulièrement du sujet : GZ 1, 14, 29, 47, 177, 381.
15 – Parmi les quatre traductions du
Sûtra du Lotus en chinois, d’après des textes en sanskrit ou en prakrit qui ont été perdus, Nichiren a retenu celle qu’a réalisée Kumarajiva (vers 406 de notre ère), à la plus ancienne (vers 286) de Dharmaraksha et la plus récente de Jnanagupta et Dharmagupta (vers 601) – le Satsu’un Fundari kyo est une version dont le texte et le nom du traducteur ont été perdus. Naturellement, il les connaissait toutes et a fait parfois référence aux trois autres dans ces écrits. Outre que celle de Kumarajiva comporte 28 chapitres contre 27 pour les autres, son titre est différent. Saddharma pundarika Sûtra est traduit par Myoho renge kyo (le Sûtra du Lotus blanc de la loi sublime devient en chinois le Sûtra de la fleur de Lotus de la loi merveilleuse) tandis que les autres traducteurs connus ont choisi Sho Hokkekyo pour l’un Tembon Hokkekyo pour l’autre. il s’agit là pour toutes les versions du nom en japonais
16 –
Voilà ce qu’en disent S. F. Teiser et J. I. Stone dans leur livre Reading of the Lotus Sutra : « 
les érudits qui abordent le Sutra du Lotus comme un texte littéraire voient l’absence de contenu doctrinal explicite dans le véhicule unique et son caractère autoréférentiel comme une technique rhétorique caractéristique qui le différencie et lui donne sens. Vu sous cet angle, le Sûtra du Lotus est un message où, compte tenu de la vacuité des phénomènes, on ne peut pas dissocier la fin des moyens et où la bouddhéité est inséparable des pratiques pour y parvenir. »
17 – Dans le cas du Bouddha, il est bien plus difficile de
comprendre comment il a pu réciter le titre d’un sûtra qui n’existait pas encore. Le
Sûtra du Lotus a été transcrit plusieurs siècles après sa mort dans une version qui a été perdue. Les spécialistes s’accordent sur le fait qu’il ne contenait à l’origine que huit chapitres, du second au neuvième précisément et que les autres ont été rajoutés au fil du temps par des disciples admiratifs qui souhaitaient donner de la profondeur à cette œuvre. Comme nous l’avons souligné déjà dans ce blog, la philosophie bouddhique est une philosophie collective et évolutive parce qu’elle est vivante. Non pas dans sa substance et dans ses buts, mais dans son exposition par rapport à l’époque et à la société. Elle est essentiellement un enseignement, pas un dogme. Pour autant, ce qu’affirme Nichiren est-il faux ou est-ce un moyen (hoben) de nous permettre d’appréhender une vérité ?
(traduction de I. Kolitcheff pour le site nichiren-etudes.net)

* Pour les personnages cités voir ici

En haut, portrait de Nichiren. Peinture datant du XIV ou XVe siècle se trouvant actuellement au temple Kuon de la Nichiren Shu, près de Minobu, au centre du Japon.
 

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