Sur ces petites questions sans importance…

Il peut nous venir parfois à l’esprit des questions secondaires, anodines, peut-être ridicules. De celles pour lesquelles, si l’on se décide à les poser autour de soi, on reçoit des réponses évasives qui nous prouvent que notre interlocuteur n’en sait pas plus que nous mais n’ose pas le montrer. Du genre : « Pourquoi réciter trois fois les junyozé ? » (Voir la réponse à cette question dans l’article sur Les trois vérités.)
Cette rubrique a pour but de répondre à quelques unes de ces interrogations.

Le sens des offrandes au Gohonzon

L’origine de cette pratique religieuse se perd dans la nuit des temps. Reprise par les bouddhistes, il s’agissait, pour les adeptes laïcs qui ne souhaitaient pas, pour toutes sortes de raisons, quitter le monde séculier et se faire moines, d’accumuler quand même des bonnes causes en faisant des dons au Bouddha et à la communauté monastique (skt sangha). D’autant que les membres de celle-ci, dans les premiers temps du bouddhisme, ainsi que les ascètes (skt sramana) de toutes confessions, mendiaient leur nourriture dans les villes et les villages et vivaient dans des parcs ou des domaines offerts par les riches commerçants et les nobles.
En quoi donner de la nourriture, des domaines, des vêtements, plus tard de l’argent, est-il méritoire ? Parce qu’on a consacré son temps, donc une part sa vie, à travailler pour les obtenir, et c’est ce temps et cette vie que l’on offre, plus qu’un bien matériel.
Les offrandes posées devant le Gohonzon ont un sens semblable. À la différence qu’elles ne sont pas proposées à un Bouddha ou des moines, mais à un mandala qui représente notre état de bouddha. D’une certaine manière, ce sont nos neuf premiers états qui les adressent au dixième. On peut aussi les considérer comme un témoignage de reconnaissance, ce qui est aussi une raison fréquente pour faire un cadeau dans la vie courante.
Il existe également une dimension rituelle à cet usage. Entourer d’attentions l’autel où est enchâssé l’objet de culte et le lieu de la pratique, de même que se comporter dignement pendant la pratique, fournit une aide à la concentration et à l’expression de la conviction. Mettre de l’ordre à l’extérieur de soi, c’est aussi mettre de l’ordre en soi.

Trois pour trois trésors ou trois vérités ?

Les offrandes d’eau et de nourriture ne semblent pas avoir d’autre sens qu’indiqué plus haut. Les bougies, le feuillage vert et l’encens sont en revanche plus chargés de symboles. Ensemble, ils représentent les trois vérités. La bougie pour la vacuité, le feuillage pour l’existence temporaire et l’encens pour la Voie du milieu. La flamme des bougies est un phénomène sans substance, le feu n’est pas la mèche qui le nourrit et une fois éteint il n’en reste rien. Le feuillage vert, parce qu’il fane, indique l’éphémérité de la vie. L’encens est la synthèse du feu et de la matière.
Avoir un feuillage cueilli et renouvelé fréquemment n’est pas toujours commode, surtout que, traditionnellement, les japonais utilisent du shikimi (badiane japonaise) difficile à trouver dans de nombreux pays à cause de sa toxicité. La vie moderne ne permet pas toujours d’utiliser des bougies en toute sécurité et tout le monde ne supporte pas l’odeur de l’encens. C’est à chacun de voir, si de l’artificiel, vaut mieux que rien.
Dans une présentation symétrique, il est d’usage de placer l’encens au milieu, le feuillage à l’extérieur et les bougies entre les deux ; asymétriquement, l’encens reste au milieu, le feuillage est à gauche et la bougie unique à droite.
La plupart des pratiquants placent devant le Gohonzon deux kamon, emblèmes claniques japonais traditionnels. Ceux de la Soka Gakkai, représentant la fleur de Lotus à huit pétales, ou encore une paire de cygnes, oiseau qui était à l’origine l’emblème de la famille de Nikko Shonin, successeur de Nichiren. Petite précision : celui qui a le bec ouvert dit « Nam » et l’autre au bec fermé lui répond « Mu », pour Namu.
Dernier élément rituel, le gong, qui est une offrande de musique au Gohonzon. Pourquoi le frappe-t-on, trois fois et pas deux ou quatre ? Ce chiffre trois a la même symbolique que les « trois daimoku ». Nous adressons les daimoku ou les sons du gong aux trois trésors de la Loi, du Bouddha et de la sangha.
Dans le rituel, rien ne paraît important séparément. On peut se passer d’encens, de bougie, mettre des fleurs à la place de plantes vertes, manier le gong de manière fantaisiste et pourquoi pas faire gongyo en pyjama ou laisser la télévision allumée pour les enfants… Cependant, pour une question de sens commun, plus que de rigueur religieuse, il est souhaitable de se donner un cadre et de s’y fixer, sinon, d’exception en exception, ce que l’on fait finit pas ne plus avoir de sens, ni d’effet. Pour cela, il n’est pas inutile de connaître la véritable signification de ce qui pourrait paraître une simple mise en scène…

2 réflexions sur “Sur ces petites questions sans importance…

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