Quelques principes…

…secondaires, mais importants à connaître

Les dix non-dualités

Les dix non-dualités ont été présentées par Zhanran dans les Annotations sur le Sens profond du Sûtra du Lotus. Dans ce texte, celui-ci traite des dix principes mystiques de l’enseignement théorique (première moitié du Sûtra du Lotus) et des dix principes mystiques de l’enseignement essentiel (seconde moitié du Sûtra), que Zhiyi a exposés dans le Sens profond du Sûtra du Lotus, et y révèle les dix non-dualités. La section qui concerne précisément ce dernier principe est devenue plus tard un traité indépendant appelé Les dix non-dualités. À noter que le terme japonais pour non-dualité (funi) signifie deux, mais pas deux. Autrement dit, deux en apparence ou selon une réalité relative, pas deux en substance, dans la réalité absolue. Ce principe ne définit donc pas seulement une non-dualité, il établit une inséparabilité, voire, une identité, la dualité n’étant qu’apparence.  Ces dix non­-dualités (jap. jippu-nimon) sont les suivantes :
1) la non-dualité du corps et de l’esprit (jap. shikishin funi). Shiki désigne ce qui a une forme et une couleur, soit l’existence physique, tandis que shin signifie ce qui n’a ni forme ni couleur, soit l’existence spirituelle. Le matériel et le spirituel sont deux catégories distinctes de phénomènes, pourtant non-doubles et indivisibles en substance, du fait qu’ils sont les deux aspects d’une même réalité. Ils sont des éléments indissociables de la vie. Dans le Sûtra du Lotus, le principe des dix modalités de la vie représente la non-dualité du corps et de l’esprit. Ces dix modalités sont énumérées dans le chapitre Moyens opportuns, où il est dit que le véritable aspect de tous les phénomènes se compose de « l’apparence, la nature, l’entité, le pouvoir, l’influence, la cause inhérente, la relation, l’effet latent, l’effet manifeste et leur cohérence du début à la fin. » Le Sens profond du Sûtra du Lotus déclare : « L’apparence existe seulement dans ce qui est matériel ; la nature existe seulement dans ce qui est spirituel. Entité, pouvoir, influence et relation, en principe, se combinent à la fois en matériel et spirituel. Cause interne et effet latent sont purement spirituels, tandis que l’effet manifeste existe que dans ce qui est matériel ;
2) la non-dualité de l’intérieur et de l’extérieur (jap. naige funi). Bien que l’objet de la méditation (ou perception) soit divisé en deux – l’objet interne, domaine d’un esprit isolé ou d’une entité psychosomatique, et l’objet externe, monde extérieur des phénomènes physiques et spirituels – il est unique parce que l’esprit englobe les trois vérités et comprend les trois mille mondes (ichinen sanzen) ;
3) la non-dualité du but (ou résultat) de la pratique et de la vraie nature des phéno­mènes  (jap. shusho funi). La vraie nature de la vie, ou véritable aspect de tous les phénomènes, ne diffère pas de ce que l’on atteint en fin de compte par la pratique bouddhiste. La vraie nature nous pousse à la pratique et la pratique nous permet de manifester notre vraie nature ;
4) la non-dualité de la cause et de l’effet (jap. inga funi). La cause signifie ici les personnes ordinaires et l’effet le Bouddha. La nature de Bouddha inhérente à une personne ordinaire est la même que celle que le Bouddha manifeste. Celui-ci n’est pas un être divin ou magique, contrairement au portrait que peuvent faire de lui de nombreuses écoles bouddhiques ;
5) la non-dualité de l’impur et du pur (illusion et illumination sont deux expressions de la même entité et essentiellement un)  (jap. senjo funi) ;
6) la non-dualité de la vie et de son environnement. Tous deux existent à travers les dix états (jap. esho funi) ;
7) la non-dualité de soi et des autres (soi désigne le Bouddha qui enseigne, les autres les simples mortels qui écoutent son enseignement). En d’autres termes l’état de bouddha et les neufs autres états sont inhérents à un seul esprit (ichinen)  (jap. jita funi);
8) la non-dualité de la pensée, la parole et l’action (jap. sango funi). Pensée, parole et action sont considérées par le bouddhisme sur le même plan, celui de l’action. Que ce soient ces trois catégories d’actions accomplies par le Bouddha pour sauver les gens ou celles de personnes ordinaires, elles ne sont pas différentes puisqu’elles proviennent des trois mille mondes. En outre, elles existent dans un même ensemble psychosomatique et sont donc une ;
9) la non-dualité des ensei­gnements théoriques et essentiels ou provisoires et définitifs (qui sont tous nés de l’esprit du Bouddha)  (jap. gonjitsu funi) ;
10) la non-dualité du bienfait (jap. junin funi) (le Bouddha et les simples mortels connaissent le même bienfait).


Les trois obstacles et quatre démons

La pratique du bouddhisme peut entraîner des résistances et des réactions en soi, comme dans son environnement (lesquels sont liés selon les trois domaines de l’existence). Ces forces réactives sont définies comme « trois obstacles » et « quatre démons ». Ceux-ci sont évoqués entre autres dans le Sûtra du Nirvana, le Traité sur la grande perfection de la sagesse de Nagarjuna et les écrits de Nichiren, mais certains de leurs éléments se retrouvent dans les traditions antérieures au bouddhisme. Sous des noms qui évoquent la magie, nous retrouvons en fait des lois naturelles, des lois de la vie – mais le Dharma, n’est-il pas la loi de la vie ? En termes bouddhiques, obstacles comme démons ne sont pas le fait d’interventions extérieures, ils sont une conséquence naturelle du fonctionnement dynamique de nos vies, la conséquence de la transformation de notre karma. En termes profanes, améliorer sa vie, on le sait, ne se fait pas non plus sans poser de problèmes de toutes sortes : relationnels, physiques, mentaux, caractériels, etc. Pour exemple, devoir faire un régime, arrêter de fumer ou de boire de façon inconsidérée agit sur le caractère, cela peut aussi affaiblir quelque temps ou encore éloigner les « compagnons de mauvaises habitudes ». Pourtant, pour la personne en surpoids, diabétique, hépatique ou cardiaque, en partie en raison des déséquilibres de sa vie passée, ces inconvénients ne sont rien face à l’aggravation de sa santé si elle renonce à son régime. Ainsi en est-il avec la pratique du bouddhisme qui est un remède fondamental de la vie. « [Le bouddha] est semblable à un médecin expérimenté qui emploierait un moyen opportun pour guérir ses enfants à l’esprit égaré ». Chapitre XVIe du Sûtra du Lotus.

Les trois obstacles (jap. sansho)

1 – L’obstacle des désirs terrestres (jap. bonno sho), découlant des trois poisons (skt trivisani, jap. sandoku) l’avidité, la colère et la stupidité ou ignorance, laquelle est à l’origine des deux premières ; ces passions qui naissent des sollicitations extérieures, parce qu’elles troublent l’esprit, sont un obstacle à la pratique.
2 – L’obstacle du karma (jap. go sho), dû à un mauvais karma créé par l’une des cinq fautes capitales (tuer son père, tuer sa mère, tuer un arhat, blesser un Bouddha et provoquer la désunion dans la communauté bouddhique) ou des dix mauvaises actions (trois mauvaises actions physiques du meurtre, du vol et de l’inconduite sexuelle, quatre mauvaises actions verbales du mensonge, de la flatterie, de la diffamation et de la mauvaise foi, et trois actions mentales de l’avidité, de la colère, et de la stupidité ou vues erronées). Karma signifiant acte (1), cet obstacle des actes peut être interprêté ainsi : les actions répréhensibles affectent la personnalité de celui qui les commet, ce qui l’écarte de la Loi bouddhique (Dharma).
3 – L’obstacle des rétributions douloureuses (jap. ho sho), résultant des effets karmiques d’actions commises dans les trois mauvaises voies (états d’enfer, d’animalité, d’avidité). La manifestation la plus radicale des rétributions karmiques se trouve dans notre naissance. Famille, environnement, sexe, milieu social, pays, capacités physiques et intellectuelles nous sont imposés avec un apparent arbitraire. Par exemple, naître dans les trois mauvaises voies (enfer, esprits affamés, animaux) ou encore dans un pays opposé au bouddhisme constitue un obstacle majeur à la pratique.

Il existe une autre interprétation des deux derniers obstacles. Dans La lettre aux deux frères Ikegami (EdN – 61), Nichiren déclare : « …l’obstacle du karma correspond aux entraves qui viennent de notre femme et nos enfants et l’obstacle des rétributions correspond aux entraves provenant de notre souverain ou de nos parents ».
En ce qui concerne ces deux obstacles, on peut se demander si, à une certaine époque, il n’y a pas eu fusion ou confusion entre deux listes anciennes distinctes. Le rapport entre les deux sens de chaque définition (femme-enfants pour le karma et autorités pour les rétributions) semble peu évident, les domaines d’application étant trop différents.

Les quatre démons (jap. shima)

Ce sont les fonctions mauvaises ou destructrices qui affligent les pratiquants et entravent leur pratique. Le nom sanskrit Mara signifie démon, obstacle, meurtre, mort ou peste. En chinois, le démon est ce qui vole la vie :
1 – Le démon des cinq agrégats (skt skandha-Mara), obstructions à la pratique causées par les fonctions physiques et mentales. Les cinq agrégats étant : forme, perception, conception, volition, conscience. Mara, comme manifestation des cinq skanhas, est décrit dans le Shurangama sutra ainsi : à chacun des cinq agrégats sont associés dix agrégats négatifs (skandha-Mara). La section finale de ce sutra contient la description de ces cinquante états de déviation démoniaque qui font obstacle au progrès spirituel pour la personne qui se croit à tort devenue un sage. Ces cinquante étapes se ramènent aux illusions sur la vraie nature de la vie.

2 – Le démon des souffrances ou souillures de l’esprit (skt klesha-Mara), obstacles découlant d’états mentaux ou affectifs qui obscurcissent l’esprit et se manifestent par des actions malsaines. Différentes définitions de ceux-ci sont données dans des Yoga Sûtra ou encore des Abbhidharma. Parmi celles-ci : les klesha de l’ignorance, l’égoïsme, le désir sexuel, l’aversion, l’attachement à l’existence ou peur de la mort, l’orgueil, le doute, l’absence de crainte morale, etc. De ces nombreux klesha ont été extraits les trois (ou cinq) poisons du Mahayana : avidité, colère, ignorance, (orgueil et doute ou jalousie).
3 – Le démon de la mort (skt mrityu-Mara), empêchements résultant de la mort prématurée du pratiquant ainsi que les doutes créés par celle-ci dans son entourage.
4 – Le roi-démon du sixième ciel (skt. devaputra-Mara, jap. dai-rokuten-no-mao) ou des six cieux, qui est dit prendre diverses formes ou s’emparer de l’esprit des autres afin d’inciter les pratiquants à abandonner le bouddhisme. Nichiren (op. cit.) écrit à ce sujet : « Le septième est provoqué par le roi-démon du sixième ciel. Quand un homme du commun, à l’époque de la Fin de la Loi, s’est éveillé à l’essence de tous les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant et qu’il a compris le cœur de l’enseignement important énoncé dans la Grande concentration et intuition, se trouvant ainsi sur le point d’atteindre la bouddhéité, le démon est fortement surpris et se dit : “Voilà qui est très ennuyeux. Si je permets à cette personne de demeurer sur mon domaine, non seulement elle se libèrera elle-même des souffrances des naissances et morts, mais elle mènera aussi les autres à l’illumination. Elle s’emparera de mon territoire et le changera en une terre pure. Que puis-je faire ?” Il convoque alors tous ses serviteurs du monde des trois plans, celui des désirs, celui de la forme et celui qui est sans forme, et leur dit : “Que chacun de vous harcèle ce pratiquant selon ses talents. Si vous ne parvenez pas à lui faire abandonner sa pratique bouddhique, alors entrez dans l’esprit de ses disciples et des habitants de son pays et tentez de les convaincre ou de les intimider. Si ces tentatives sont également infructueuses, je descendrai moi-même pour m’emparer de l’esprit et du corps de son souverain afin qu’il persécute ce pratiquant. Ensemble, comment ne pas l’empêcher d’atteindre la bouddhéité?” C’est ainsi que le roi-démon les conseille. »

Le Sixième ciel est le plus élevé des cieux du Plan du désir qui est équivalent aux six premiers états. Le roi-démon représente donc autant les plaisirs les plus élevés (état de bonheur temporaire) que tous les acteurs d’une société qui prône les valeurs de l’individualisme, du plaisir et de l’accumulation des biens matériels et s’opposent ainsi indirectement au bouddhisme.
Citant la Grande concentration et intuition de Zhiyi, Nichiren (op.cit.) déclare : « À mesure que la pratique progresse et que grandit la compréhension, les trois obstacles et les quatre démons émergent sous des formes trompeuses, rivalisant les uns avec les autres pour faire entrave… Il ne faut être ni influencé ni effrayé par eux. Tombez sous leur influence vous mènera dans les voies du mal. Se laisser effrayer par eux nous empêchera de pratiquer l’enseignement correct. » Il explique plus loin : « La formule Tombez sous leur influence vous mènera dans les voies du mal ne fait pas seulement référence aux trois voies mauvaises, mais aussi aux mondes des êtres humains et célestes et, plus généralement, à l’ensemble des neuf états. C’est pourquoi, à l’exception du Sûtra du Lotus, tous les sûtras – ceux des périodes Kegon, Agon, Hôdô et Hannya, ainsi que le sûtra du Nirvana et le sûtra Dainichi – entraîneront les êtres humains dans les mauvaises voies. »

Daisaku Ikeda commente ainsi la phrase de Nichiren suivante « Ceux qui croient dans le Sûtra du Lotus vivent comme en hiver, mais l’hiver se transforme toujours en printemps. Jamais, depuis les temps anciens, personne n’a vu ni entendu dire que l’hiver s’était transformé en automne. De même, jamais nous n’avons entendu parler d’un croyant du Sûtra du Lotus qui se soit transformé en être ordinaire.(2) » : « L’hiver peut avoir comme fonction d’éveiller notre pouvoir inhérent et notre potentiel latent – ce principe s’applique, à la fois, à la vie et à la pratique bouddhique. Tous les êtres vivants possèdent la graine de la bouddhéité, également appelée nature de bouddha. Cette graine contient un potentiel aussi vaste et illimité que l’univers lui-même. S’il est éveillé de son état “dormant”, il peut ensuite éclore grâce à la foi dans le Sûtra du Lotus, nous permettant ainsi de surmonter les épreuves de l’hiver. En d’autres termes, nous gagnons grâce à nos combats contre les obstacles induits par notre pratique bouddhique – à savoir, contre les trois obstacles et les quatre démons, et les trois grands ennemis. Nous pouvons faire éclore de magnifiques fleurs de la victoire dans notre vie quand nous résistons aux épreuves de l’hiver, et nous émergeons triomphant grâce à notre pratique de la Loi merveilleuse. »

D’une manière générale, les obstacles se manifestent extérieurement à travers des rétributions négatives, ils sont un effet du karma, tandis que les démons se manifestent intérieurement, ils sont un effet de l’ignorance (ou obscurité fondamentale) et des actes (ou karma) qui sont les deux premiers des douze maillons de la chaîne de causalité. Pourtant, les fonctions des uns et des autres peuvent parfois se confondre. Ainsi Nichiren écrit-il : « Le démon de l’obscurité fondamentale peut même pénétrer la vie d’un bodhisattva qui a atteint le stade le plus élevé de la pratique, et l’empêcher d’atteindre le bienfait ultime du Sûtra du Lotus – la bouddhéité elle-même. Ainsi, il peut facilement faire obstacle à toute autre étape moins élevée de la pratique. Le roi-démon du sixième ciel entre dans la vie de l’épouse et des enfants d’un homme pour l’égarer. Il s’empare aussi de l’esprit du souverain afin de menacer le pratiquant du Sûtra du Lotus, ou incite des parents à s’opposer à la foi de leurs enfants dévoués. »
Note :
1 – Les actes en bouddhisme sont de trois sortes : les pensées, autrement dit les intentions, les paroles et les actions.
2 – L’hiver se transforme toujours en printemps (EdN page 538)


Les trois catégories d’illusions

Ensemble ou séparément, Nichiren les cite fréquemment dans ses lettres. Quelques éclaircissements sur ces catégories d’illusions classifiées par Zhiyi peuvent se révéler utiles à la compréhension de ces textes.
Ce sont : les illusions de la pensée et du désir, les illusions aussi nombreuses que des grains de poussière et de sable et les illusions sur la vraie nature de l’existence. Les illusions de la pensée et du désir sont des illusions que doivent dépasser les hommes des deux véhicules (les auditeurs et bouddhas pour soi) et les bodhisattvas, les deux autres sont celles que les bodhisattvas, en particulier, doivent éliminer.

Les illusions de la pensée et du désir (jap. kenjiwaku), subdivisées en illusions de la pensée (kenwaku) et illusions du désir (shiwaku), font que les êtres souffrent dans les six voies et le monde des trois plans. Les illusions de la pensée sont des perceptions fausses de la vérité, essentiellement mentales et acquises. Elles consistent en cinq points de vue faux (gorishi) et cinq passions illusoires (godonshi).
• Les cinq points de vue faux sont :
– considérer le moi comme absolu, indépendant de son milieu, bien que le corps soit formé par l’union temporaire des cinq agrégats et, penser que tout son entourage ou son environnement est sa propriété personnelle, alors que rien dans l’univers ne peut appartenir à un individu ; – croire que la vie est totalement annihilée par la mort, sans survie d’aucune forme, ou, au contraire, qu’elle dure après la mort sous une forme éternellement immuable telle l’âme ;
– ne pas reconnaître la loi de cause et effet ;
– adhérer à des opinions personnelles fausses, telles les trois précédentes, avec des préjugés qui font considérer comme supérieur ce qui est inférieur ;
– juger que les préceptes, austérités ou pratiques erronés sont la véritable voie menant à l’Éveil. Ces cinq points de vue sont de nature idéologique, ils peuvent donc être éliminés par la compréhension et la pensée correcte.

• Les cinq passions illusoires sont la cupidité, la colère, l’ignorance, l’arrogance et le doute. Elles ne sont pas dirigées vers un objet (ce qui est le cas des illusions du désir), ce sont des tendances de la personnalité. Points de vue faux et passions illusoires sont liés. Par exemple, l’arrogance est liée à la croyance en un moi absolu. Toutefois, les premiers sont de l’ordre de l’opinion, tandis que les secondes relèvent de l’instinct, de l’émotion. Elles sont donc plus difficiles à combattre. Les illusions du désir comprennent des inclinations néfastes, des tendances, telles que l’attachement, la colère, la stupidité (aveuglement), l’arrogance, le doute et les vues incorrectes qui naissent en liaison avec des objets, des situations ou phénomènes spécifiques.

Les illusions aussi nombreuses que des particules de poussière ou de sable sont des illusions qui empêchent les bodhisattvas de sauver les autres. Pour aider les autres, ceux-ci découvrent de nombreux enseignements, aussi bien religieux que séculiers (philosophies, connaissances scientifiques, morales, par exemple) ; ils sont également confrontés aux soucis, désirs, valeurs, concepts des autres. Ces illusions naissent de l’influence – doute, découragement, etc. – qu’exercent sur eux ces expériences.

Les illusions sur la vraie nature de la vie sont des illusions qui empêchent les bodhisattvas d’atteindre l’Éveil, c’est-à-dire de s’éveiller à la vérité de la Voie du milieu. Elles sont au nombre douze ou quarante-deux, selon les enseignements, la dernière, la plus profondément enracinée, est appelée l’obscurité fondamentale (skt avidya, jap. gampon no mumyo). C’est en l’éliminant que l’on parvient à l’éveil. La Grande concentration et intuition indique que les trois catégories d’illusions doivent être éliminées par la méditation qui permet de percevoir l’unification des trois vérités en un seul esprit (jap. ennyu santai) – spécifiquement, les illusions de la pensée et du désir sont éliminées par la perception de la vérité de la vacuité, les illusions aussi nombreuses que des particules de poussière et de sable, par la perception de la vérité de l’existence temporaire, et les illusions sur la vraie nature de la vie, par la perception de la vérité de la Voie du milieu (voir article sur les trois vérités). Pour Nichiren, l’enseignement de Zhiyi énonçant qu’un être élimine simultanément les trois types d’illusions par la perception des trois vérités parfaitement intégrées en un seul moment de vie signifie que, en récitant Nam Myoho Renge Kyo des Trois grandes lois ésotériques, une personne manifeste la bouddhéité dans sa vie. En récitant Nam Myoho Renge Kyo, enseigne-t-il, une personne parvient à l’état dans lequel illusions et désirs terrestres se changent en Éveil (jap. bonnô soku bodai), transformant les trois catégories d’illusions en les Trois sortes de sagesse. Ces Trois sortes de sagesse sont expliquées dans le Traité de la grande vertu de la sagesse attribué à Nagarjuna, un commentaire des sûtras Hannya qui inclut des concepts issus du Sûtra du Lotus et développe les notions de vacuité et de prajna (sagesse du bouddha).
Ce sont : (1) la sagesse des personnes dans les états d’Etude et d’Eveil personnel, qui leur permet de comprendre l’aspect universel de tous les phénomènes ; (2) la sagesse des bodhisattvas, qui leur permet de mener les êtres au salut en comprenant les aspects individuels de tous les phénomènes ; (3) la sagesse du Bouddha, qui comprend à la fois l’aspect universel et l’aspect individuel de tous les phénomènes ainsi que le véritable principe qui les régit. Dans l’ensei­gnement de Zhiyi, une personne obtient les trois sortes de sagesse par la méditation qui permet de percevoir l’unification des trois vérités en un seul esprit (en’yu no santai). On appelle cela les trois sortes de sagesse en un seul esprit (isshin sanchi).
Spécifiquement, par la perception de la vérité de la vacuité, une personne obtient la sagesse des deux véhicules, par la perception de la vérité de l’existence temporaire, une personne acquiert la sagesse des bodhisattvas et par la perception de la vérité de la Voie du milieu, une personne obtient la sagesse de bouddha. Dans la doctrine de Nichiren, la triple concentration de l’unité est comprise dans la pratique de Nam Myoho Renge Kyo avec la croyance en le Gohonzon.

 


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